Histoire du musée des Arts décoratifs & du Design

Portrait de Mme Dagoty et ses filles présentant une miniature du père(1819)
Edouard Dagoty
Miniature sur ivoire
En 1775, Pierre de Raymond de Lalande, chevalier, marquis de Castelmoron et baron de Vertheuil, achète un terrain faisant partie de l'ancien apanage des archevêques de Bordeaux, afin d'y faire construire une grande maison ; le fastueux archevêque, prince de Rohan, ayant obtenu par lettre patente, enregistrée par le parlement de Bordeaux, l'autorisation du roi de vendre une large partie des terrains de l'archevêché pour subvenir aux frais de la construction du palais Rohan (l'actuelle mairie).
Pierre de Raymond de Lalande est un riche représentant de la noblesse de robe de la ville. Conseiller au Parlement de Bordeaux, il possède également de vastes plantations de café et de canne à sucre à Saint-Domingue.

Pour une demeure qu'il souhaite élégante et confortable, il fait appel à l'architecte Etienne Laclotte (1728-1811), figure dominante d'une dynastie de maîtres-architectes et entrepreneurs bordelais particulièrement actifs.

Entre cour et jardin

Vestibule de l'hôtel de Lalande
Vestibule de l'hôtel
Construit entre cour et jardin, l'hôtel de Lalande est achevé en 1779 et immédiatement considéré par le "Guide de Bordeaux" de 1785 comme l’un des plus intéressants et dignes d'être vus. Mais de cette belle demeure doublement protégée des bruits de la rue - ce qui est rare à Bordeaux - à l'avant par une harmonieuse cour, à l'arrière par un jardin planté de grands arbres, les Lalande profiteront peu.

Pierre de Raymond de Lalande meurt en 1787 et son fils et héritier Jean de Lalande, avocat général au Parlement, est guillotiné le 9 juillet 1794. Sous le Consulat, les héritiers de Jean de Raymond de Lalande louent à la municipalité l'hôtel déserté depuis la Révolution et entaché de pénibles souvenirs. C'est tout d'abord l'administration centrale de l'octroi qui s'y installe. En1808, lors du passage à Bordeaux de Napoléon sur la route de l'Espagne, l’Empereur est logé dans l'ancien palais de l'archevêché, tandis que son chef de cabinet et secrétaire d'état, Hugues Bernard Maret, duc de Bassano, est accueilli à l'hôtel de Lalande.

Mise en vente dès 1817, la propriété des héritiers Lalande change plusieurs fois de mains au cours du 19e siècle. L'hôtel est tout d'abord acheté par une riche créole de la Martinique, Madame Asselin, puis en 1839 par le négociant, Jean-Baptiste Duffour Debarbe, qui lègue ce bien à son fils, Lodi Martin Duffour Dubergier, maire de Bordeaux de 1842 à 1848. Curieusement, ces différents propriétaires ne s'installent jamais dans la belle demeure et la louent au gouverneur de la 11e division militaire.

A la mort de Duffour Dubergier en 1860, c'est le négociant Antoine Dalléas, dont le musée possède un portrait (miniature sur papier de Dagoty), qui en devient propriétaire. Mais dès cette époque, la municipalité de Bordeaux envisage l'acquisition de l'hôtel de Lalande, ce qui se fait en 1878. Ayant cédé à l'administration de la Guerre une partie des terrains et des bâtiments de la rue Vital Carles où se trouvait installée la prison municipale, la Ville de Bordeaux acquiert l'hôtel de Lalande pour y placer les services de la police et des mœurs. Une prison sera construite, quelques années plus tard, dans ce qui était le jardin de l'hôtel.

L'Hôtel de Lalande devient un musée

L'hôtel de Lalande est ainsi occupé pendant trente-six ans par les services de la police et ce n'est qu'en 1923 que le corps de logis principal est libéré et affecté à l'usage d'un nouveau musée, le "musée d'Art ancien".

L'ancienne prison-dépôt devient dépôt des objets trouvés et le restera jusqu'au second remaniement du musée. Après quelques années de fonctionnement, le musée d'Art ancien est fermé durant la guerre, puis à la fin de celle-ci, réaménagé par le directeur des Archives municipales, Xavier Védère.

Ce nouveau musée, dit désormais des "Arts décoratifs", est ouvert au public le 2 juillet 1955.
Au fil des ans, l'enrichissement de ses collections - notamment l'ensemble légitimiste, tout à fait unique en son genre, réuni par Raymond Jeanvrot, le don de Marcel Doumézy offrant un remarquable échantillon de la production de faïence fine à Bordeaux au 19e siècle, la dation de céramique bordelaise du 18e siècle entrée en 1978 - a rendu indispensable un agrandissement des surfaces de présentation.

A partir de là un nouvel esprit a présidé à leur installation. On a tenté de retrouver l'atmosphère d'une maison particulière à Bordeaux au 18e siècle, par l'acquisition puis la mise en valeur des éléments qui constituent le patrimoine bordelais en matière d'arts décoratifs (mobilier, céramique, orfèvrerie, verrerie...). L'étage des combles est ouvert au public, l'aile des communs complètement remaniée pour l'installation de la collection Jeanvrot au rez-de-chaussée et une salle d'exposition est aménagée sur deux étages dans l'ancienne écurie et le grenier à foin qui la surmontait.

Quant à la prison, dûment réaménagée, elle est aujourd'hui le siège de vastes réserves, opportunément protégées des variations climatiques par des murs épais. Les ateliers et les salles d'animation pour les enfants s'y trouvent également.

Cette restructuration a été organisée par Jacqueline du Pasquier, conservateur du musée à ce moment là, et inaugurée le 10 février 1984.
En 2010, prolongeant le parcours chronologique dans l'hôtel de Lalande du 17e au 19e, le musée consacre de nouveaux espaces permanents au 20e et au début du 21e siècles. Les nouvelles collections permanentes consacrées à l'Art nouveau autour de 1900, l'Art déco des années 20-30 et un espace design (dont l'ouverture alterne avec l'accueil des expositions temporaires) sur deux niveaux, permettent aujourd'hui aux visiteurs un parcours chronologique de l'histoire des arts décoratifs jusqu'à nos jours.
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