Groupe socialiste - Février 2019

Une ville à visiter, bien plus qu'une ville à vivre

Bordeaux est devenue, au cours des années, une ville à visiter, bien plus qu'une ville à vivre.
Chaque jour plus chère, plus contrainte, moins accueillante pour sa périphérie girondine. Sans doute est-ce là une des raisons qui l'ont située au cours de ces dernières semaines en 2e position après Paris pour les manifestations et les dégradations ; pas question en tout cas de faire l'économie d'une réflexion paisible et d'essayer de comprendre.
Bordeaux est devenue une ville chère, toujours plus chère. D'abord par le prix du foncier et des loyers, lesquels ont encore augmenté cette année de 8,8 % (source FNAIM), juste après Paris qui a augmenté de 10 %. Mais aussi par le coût de la mobilité, qu'il s'agisse du stationnement et des parkings. L'un de nous a partagé le souci d'une famille marmandaise comptant son temps de présence au chevet d'un malade en soins palliatifs en heures de parking et, hélas, les personnels des hôpitaux confirment que les visites des familles venant de l'extérieur sont plus rares et plus brèves. Est-ce là l'image d'une capitale accueillante pour son territoire ?
Un deuxième exemple très concret est le coût du logement pour les étudiants venus de l'ensemble de la région. Nous savons que cela est un frein pour tous ceux issus des zones rurales ou des petites villes qui ne peuvent compter sur une aide substantielle de leur famille. À Bordeaux, au coût s'ajoute la rareté, et ceci pousse les étudiants soit à renoncer, soit à se rabattre sur d'autres villes pour poursuivre leurs études. Ce caractère dissuasif et inégalitaire fait naître chez eux un ressentiment envers la capitale de leur région.
Ce ne sont sans doute pas seulement les coûts de la vie quotidienne qui entrent en jeu. Nous avons tous en mémoire le titre d'un film de Charlie Chaplin, Les Lumières de la ville. L'objectif de la municipalité est, depuis des années, celui de grandes réalisations attirant les touristes, souvent davantage que les familles locales, du fait des prix d'entrée (par exemple, 100 euros pour une famille de quatre personnes pour visiter la Cité du Vin). La distance entre ces réalisations et les rues et places de petites villes où les services publics se raréfient et où de modestes magasins ferment les uns après les autres, est si considérable qu'elle en devient douloureuse. À force de vouloir passer pour une ville attractive, Bordeaux finit par paraître comme un eldorado pour touristes et Parisiens, à mille lieues du réel quotidien d'une majorité de Girondins et d'Aquitains.
Une capitale ne mérite son titre que si elle irrigue durablement la vitalité de sa région et si elle ne sacrifie pas la qualité de vie de ses habitants à sa densification. C'est pour Bordeaux l'enjeu des prochaines années de redevenir une ville accueillante et non plus génératrice d'exclusion.
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