Economie sociale et solidaire "Arrêter de jeter tous les trois ans" : la solution du réemploi au cœur du Forum Agir ensemble
Mis à jour le 28 janvier 2026
Le mercredi 4 février, la Ville de Bordeaux accueille le Forum Agir ensemble, pour permettre aux entreprises d’échanger sur leurs pratiques « RSE ». Cette année, le sujet du réemploi est mis en valeur. Explications et exemples concrets à Bordeaux.
Il est d’abord nécessaire de poser les bases : le réemploi, c’est donner une seconde vie aux objets qui peuvent encore en avoir une. Si cette habitude est devenue courante dans certains domaines, comme l’habillement ou le mobilier, elle l’est moins quand il s’agit d’informatique ou d’électroménager.
Pourtant, collecter, réparer ou réassembler nos appareils permet non seulement des économies substantielles, mais produit aussi un effet positif sur l’environnement.
Les entreprises au cœur des enjeux
Le Forum Agir ensemble, organisé le mercredi 4 février à l’Hôtel de ville, est une journée destinée à faire dialoguer des entreprises autour de leurs bonnes pratiques « RSE » (Responsabilité sociale des entreprises). Cette année, le réemploi y occupe une place particulière, avec la présence d’acteurs du secteur pour conseiller les entreprises qui voudraient sauter le pas.
En amont du Forum, nous avons interrogé trois acteurs économiques locaux engagés dans le réemploi pour mieux comprendre leurs motivations et l’intérêt de la démarche.
Riccardo Montisano et Julie Quévreux
Dirigeant et directrice des opérations chez Marl digital services, entreprise de services numériques
L’engagement de Marl digital services dans le réemploi
L’engagement est d’abord venu du terrain : « Ce sont nos clients qui nous ont demandé si on pouvait les accompagner pour intégrer du matériel reconditionné dans leur parc », raconte Riccardo Montisano. « Mais nous ne sommes pas de simples revendeurs : on a ajouté toute la couche qui vient de notre métier historique, à savoir l’intégration, la qualité de service ou l’audit. »
Concrètement, chaque équipement est testé, documenté et sécurisé. « On garantit notamment l’effacement total des données, on s’assure qu’il n’y a pas de failles. » Julie Quévreux résume son rôle : « Je suis la chef d’orchestre. Mon enjeu, c’est que le client ait la preuve que le reconditionné peut être fiable et au niveau attendu. »
Les entreprises viennent d’abord pour des raisons économiques. Mais ça rejaillit sur l’écologique. »
Les enjeux du réemploi pour les professionnels
Pour Riccardo Montisano, le réemploi répond à plusieurs enjeux en même temps. « Un PC neuf à 1 000 euros, chez nous, on le sort entre 300 et 400 euros. Sur des gros volumes, l’économie est énorme. Et cette économie peut être réinvestie. On dit à nos clients : utilisez ces gains pour renforcer votre cybersécurité ! » « Les entreprises viennent d’abord pour des raisons économiques, complète Julie Quévreux. Mais ça rejaillit sur l’écologique. Peu importe l’entrée, l’important, c’est le résultat. »
Tous deux défendent surtout une consommation plus sobre : « On n’a pas besoin de machines surdimensionnées pour tous les postes », insiste Julie Quévreux. « L’objectif, c’est d’arrêter de jeter tous les trois ans et de donner une seconde vie au matériel, sans compromis sur la sécurité. »
Marine Ribéraud
Cheffe de projet événement « numérique responsable » à Bordeaux Métropole
L’engagement de Bordeaux Métropole dans le réemploi
Dans le cadre de sa politique “numérique responsable”, Bordeaux Métropole organise, du 2 au 31 mars, la 3e édition du Mois de la collecte numérique, un événement piloté par Marine Ribéraud. « L’objectif, c’est que les équipements numériques puissent avoir une seconde vie, ce qui n’est pas forcément le cas quand on les dépose en déchetterie », explique Marine Ribéraud. Une cinquantaine de points de collecte sécurisés sont déployés sur le territoire, complétés par des collectes mobiles. « Les bacs en bois sont sécurisés : quand vous y déposez un téléphone ou un ordinateur, personne ne peut le récupérer et les données sont effacées par notre prestataire. »
Les équipements sont ensuite triés : « Soit ils sont réemployés, soit réparés, soit recyclés s’ils ne peuvent vraiment plus servir. » En 2025, 31 tonnes d’équipements ont été collectées, dont 2 000 reconditionnés. L’opération est complétée par des animations, des ateliers de coréparation et des interventions de sensibilisation dans les écoles et les établissements d’enseignement supérieur.
Changer de téléphone tous les ans n’est pas anodin. »
Les enjeux de la collecte numérique
Pour Marine Ribéraud, l’enjeu est avant tout de faire évoluer les représentations. « Le numérique n’est pas immatériel. Derrière un smartphone ou un ordinateur, il y a des impacts environnementaux, sociaux et sociétaux très forts. »
Le Mois de la collecte vise à questionner les usages : « Changer de téléphone tous les ans n’est pas anodin. Il faut se poser la question de la durée de vie des équipements. Ça concerne les particuliers mais on accompagne aussi les professionnels. On peut les aider à organiser leurs propres collectes, on distribue un annuaire d’acteurs locaux et des outils de sensibilisation pour les salariés. » Objectif, pour tous : « Donner les moyens de passer à l’action, de manière concrète et locale. »
Bruno Jalabert
Directeur opérationnel de l’association R3
L’engagement de R3 dans le réemploi
R3 est une structure de l’économie sociale et solidaire basée à Artigues-près-Bordeaux, qui accompagne huit bailleurs sociaux de l’agglomération bordelaise dans la gestion de leurs encombrants. Chaque jour, des partenaires collectent dans les résidences sociales « tout ce qui ne rentre pas dans la poubelle : frigos, lits, armoires, vélos », et les achemine vers le site de R3, « entre 8 et 12 camions par jour ». À leur arrivée, les encombrants sont pesés, tracés et triés.
« On travaille sur trois axes : le réemploi, le recyclage et le désassemblage », résume Bruno Jalabert. Les objets en bon état sont confiés à un réseau de recycleries et ressourceries partenaires, tandis que les matériaux sont séparés ou démontés pour en extraire des matières premières secondaires. « On a moins de 4 % de déchets qui partent à l’enfouissement, c’est une très bonne performance environnementale », souligne-t-il.
Sans ce réseau d’acteurs, l’activité serait beaucoup plus complexe. »
Pour Bruno Jalabert, R3 repose sur un équilibre clair : « l’économique, l’environnemental et le social ». L’association emploie des salariés en insertion, accompagnés vers un retour durable à l’emploi, tout en proposant aux bailleurs une solution de traitement à la tonne, économiquement compétitive.
À ces enjeux s’ajoute une forte dimension de coopération : « Sans ce réseau d’acteurs, l’activité serait beaucoup plus complexe ». Dans un contexte de fragilisation des financements publics, Bruno Jalabert alerte : « On est inquiets, comme de nombreux acteurs de l’ESS. » Mais il souligne aussi le positif : R3 prépare son implantation, en 2027, au Village solidaire du réemploi Ikos, à Bordeaux Nord.