Lutte contre les discriminations « Bordeaux dit STOP aux LGBTphobies » : pour briser le silence sur les violences

Photo de la cour de l'Hôtel de ville
Le drapeau arc-en-ciel, symbole des fiertés LGBTQIA+ dans la cour de l’Hôtel de Ville de Bordeaux © T. Sanson / Ville de Bordeaux

Affichage dans l’espace public, messages de sensibilisation et mobilisation des acteurs associatifs : jusqu’au 24 décembre, la Ville de Bordeaux déploie la campagne  Bordeaux dit STOP aux LGBTphobies  pour lutter contre ce fléau en croissance.

La mobilisation est nécessaire parce que les chiffres restent préoccupants : en 2024, 4 824 infractions à caractère anti-LGBT+ ont été recensées par les forces de l’ordre en France, selon le ministère de l’Intérieur. Un chiffre en hausse de 5 % par rapport à 2023 et de 14 % par rapport à la période 2016-2024.

80%

D’après le Girofard, c’est la part des personnes trans qui ont déjà vécu de la transphobie.

 Et on estime que 80 % des agressions ne sont pas déclarées, que ce soit par une plainte ou par un signalement même anonyme qui peut être fait auprès d’associations comme SOS homophobie , rappelle Milo Vieira, directeur du Girofard, centre LGBTI+ de Bordeaux.  

Souvent invisibles

Et si les agressions physiques sont les plus médiatisées, les LGBTphobies recouvrent une réalité bien plus large.  Ce n’est pas seulement se prendre un coup. Une insulte, du cyberharcèlement, ce sont aussi des agressions. Et sur ces formes-là, on a très peu de données fiables parce qu’elles sont peu documentées. Au Girofard, par exemple, on n’a pas le temps de faire un signalement à chaque fois qu’on a un commentaire haineux sur nos réseaux sociaux , souligne Milo Vieira. 

 (On assiste à une) montée des discours haineux, avec une minorité de plus en plus virulente, agressive et violente. »

À Bordeaux, les associations locales sont régulièrement conviées aux réflexions menées par la mairie sur ces enjeux, notamment lors de commissions LGBTQIA+. « La Ville est engagée de façon sincère sur ce sujet, ce qui n’est pas le cas partout en France », estime Milo Vieira. Alors cette campagne « est un signal fort important », notamment dans une période « de montée des discours haineux, avec une minorité de plus en plus virulente, agressive et violente, alors même que la majorité de la population soutient les personnes LGBT » 

La plainte, essentielle mais difficile

Pour Emmanuel Page-Paqui, référent de SOS Homophobie en Gironde, la campagne a aussi le mérite de rappeler un message clé :   L’arme de la victime, c’est le dépôt de plainte. Sans lui, il ne peut rien se passer derrière.  Une démarche pourtant redoutée par de nombreuses personnes.  Quand on est agressé, on peut avoir peur de ne pas être cru, de ne pas être entendu, ou que sa parole soit remise en question.” 

4 824

C’est le nombre d’infractions à caractère anti-LGBT+ qui ont été recensées par les forces de l’ordre en 2024, selon le ministère de l’Intérieur. 

SOS Homophobie recueille ainsi la parole des victimes via une ligne d’écoute anonyme (1), ouverte tous les jours, et propose une aide, notamment dans les démarches juridiques.  On sait à quel point c’est difficile d’aller porter plainte donc il faut que les victimes puissent se sentir soutenues et accompagnées pour le faire. Parce que si une situation existe mais que personne n'est là pour en parler et la pour le décrire, alors personne ne se rendra compte de la situation. 

Au-delà des chiffres,  les LGBTphobies peuvent détruire des vies. rappelle Milo Vieira. Les personnes LGBT, notamment les jeunes, ont jusqu’à sept fois plus de risques de faire une tentative de suicide . Un constat partagé par Emmanuel Page-Paqui, pour qui la sensibilisation doit s’adresser bien au-delà des personnes directement concernées.  Ces violences ne regardent pas seulement les victimes. Elles nous concernent toutes et tous. 

(1) Ligne d’écoute : 01 48 06 42 41 

39 030

C’est le nombre de témoignages qui ont été recueillis par SOS Homophobie depuis la création de l’association en 1994 

Rassemblement et défilé organisés dans les rues de Bordeaux en faveur de l’égalité des droits, de la visibilité et de la lutte contre les discriminations envers les personnes LGBT+ © Maxdubois

Comment réagir en cas d’agression ?

1. Se protéger et ne pas rester seul·e 

Toute agression LGBTIphobe n’est jamais la faute de la victime. Face à des violences verbales, physiques, sexuelles ou en ligne, la première urgence est de se mettre en sécurité (fuir vers un lieu fréquenté, crier, rejoindre un lieu partenaire « Demandez Angela ») et de parler. 

2. Conserver les preuves et faire constater les faits 

Qu’il s’agisse d’une agression physique, sexuelle ou de cyberharcèlement, le guide insiste sur l’importance de conserver les preuves. Faire constater les faits par un médecin ou aux urgences permet d’obtenir un certificat médical, élément clé pour la suite des démarches judiciaires, même si l’agression n’est pas récente. 

3. Porter plainte et être accompagné·e

Le dépôt de plainte est une étape essentielle pour faire reconnaître son statut de victime. Il doit mentionner explicitement le caractère LGBTIphobe, circonstance aggravante pénalement.