Sorties Cet été, voyagez dans le temps
Publié le 29 juin 2026
Ciel au beau fixe et pierre blonde. En été, le patrimoine bordelais s’admire depuis la Garonne ou au fil des rues. Mais visiter Bordeaux peut aussi permettre d’explorer son histoire et comprendre ce qui a forgé son visage actuel, fruit de nombreuses péripéties historiques.
Port antique, riche du passage de plusieurs civilisations et témoin de l’histoire de France, Bordeaux a traversé deux millénaires. Depuis la fondation de Burdigala au Ier siècle avant J.-C., jusqu’aux transformations contemporaines, en passant par les chamboulements de la guerre de Cent Ans et les évolutions haussmaniennes, la ville livre toujours les secrets de cette histoire riche.Entre l’héritage forgé par les historiens et les lieux de patrimoine, une mémoire est née dans les esprits et dans les murs. De nombreux lieux, bâtiments ou même des curiosités artistiques replongent dans ce récit tumultueux. Ce dossier vous propose une odyssée pour redécouvrir Bordeaux dans le temps, au détour des rues et des bâtiments ou depuis la Garonne. La forme d'une ville change plus vite que le coeur des mortels
, a écrit Charles Baudelaire. Partez à la découverte de votre ville, à travers les époques et les lieux emblématiques qui y sont associés, dont certains demeurent visibles. Un fil entre passé, présent et futur. Des jeux pour petits et grands vous permettront également de tester vos connaissances tout en vous amusant.
Suivez le guide du Ve siècle au XXIe siècle
Les structures municipales déploient leurs collections, leurs récits et leurs initiatives dans la ville toute l’année. Le musée d’Aquitaine et le service Bordeaux Patrimoine Mondial livrent notamment de nombreuses clés pour comprendre l’architecture et le patrimoine urbain. Avant le temps fort des Journées du patrimoine à la rentrée (19-20 septembre), n’attendez pas pour redécouvrir Bordeaux.
Nous sommes au Ve siècle,vous arrivez à Burdigala par son port situé sur l’estey de la Devèze, qui suit le tracé de l’actuelle rue de la Devise. Dans cette zone de grand transit pour le vin et l’étain, l’air est chargé d’effluves de vin, le sol jonché d’amphores. Reconnaissable à la peau de lion enroulée autour de son bras, un Hercule de bronze, toujours visible au musée d’Aquitaine, accueille les voyageurs.
Vous rejoignez le cardo, axe principal nord-sud de Burdigala, qui deviendra plus tard rue Sainte-Catherine. Vers le nord surgit la silhouette du temple des Piliers de Tutelle. À l’emplacement de l’actuelle place de la Comédie, il domine la ville par sa grandeur.
Vous avez entendu parler des somptueux mausolées du cimetière romain. Pour les découvrir, vous franchissez l'enceinte fortifiée, la loi romaine interdisant d'enterrer les morts à l'intérieur des villes.
Autour de la cité, la campagne s’étend à perte de vue, entre marécages et vignes qui gagnent peu à peu les terres plus sèches des alentours. Le paysage est ponctué de villas, exploitations agricoles nécessaires à la culture de la vigne.
Depuis la nécropole, sur laquelle sera édifié la future basilique Saint-Seurin, un immense amphithéâtre attire votre attention. Construit au IIe siècle, celui que l’on baptisera Palais Gallien
peut accueillir jusqu’à 22 000 spectateurs, le double de la population de Burdigala. On y annonce un combat de gladiateurs.Voyons s’il reste des places !
Fin du XVe siècle. Par temps clair, vous décidez de soudoyer le sonneur de cloches pour grimper au sommet de la nouvelle flèche Saint-Michel, alors inaccessible au public. Depuis cette hauteur vertigineuse, la ville médiévale se déploie à vos pieds, décorée de clochers qui dominent les toits serrés des maisons à pans de bois.
Bordeaux vient tout juste de repasser sous contrôle du roi de France après la guerre de Cent Ans. Au nord, la
cathédrale Saint-André et sa toute nouvelle tour émergent au-dessus du dédale de ruelles. Au sud, l’immense abbaye bénédictine de Sainte-Croix. À vos pieds, l’église Saint-Michel et, autour d’une ancienne chapelle funéraire, le cimetière paroissial où se tient aujourd’hui le marché.
La Grosse Cloche et la Porte Cailhau incarnent l’autre visage de la cité. Le pouvoir communal pour la première ; l’allégeance au roi pour la seconde. Symboles des libertés municipales de Bordeaux, elles affirment l’autorité de la commune face au pouvoir religieux, mais aussi face au pouvoir ducal.
Au loin, les silhouettes massives du fort du Hâ et du château Trompette assoient la reprise en main de la ville par le roi de France après trois siècles d’influence anglaise.
Les murailles de Bordeaux englobent à présent les faubourgs de Saint-Michel et de Sainte-Croix, rattachés à la ville au siècle précédent. Quant au port, désormais sur la Garonne, il anime toute la paroisse Saint-Michel, devenue la plus vaste et la plus peuplée de la ville. Le long du fleuve, les installations portuaires commencent déjà à remonter vers le nord, dessinant peu à peu le futur visage de Bordeaux.
Au début du XVIIe siècle, après plusieurs heures à cheval, vous rejoignez Bordeaux par le sud. Serrée derrière ses murailles, la ville est devenue une place stratégique du royaume, passage obligé vers l’Espagne et décor de festivités en grande pompe célébrant l’union de Louis XIII et Anne d’Autriche, avant que Louis XIV n’y accompagne l’infante Marie-Thérèse.
Vous longez les remparts par l’ouest, suivant les actuels cours de la Marne et d’Albret jusqu’à la place Gambetta. La ville semble gagnée par une fièvre religieuse. Sous l’impulsion du cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, les couvents se multiplient. En moins de trente ans, quatorze ont éclos dans une cité déjà à l’étroit. La Contre-Réforme catholique bat son plein.
Près du couvent des Feuillants, à l’emplacement de l’actuel musée d’Aquitaine, vous faites halte devant le tombeau de Michel de Montaigne. Avec lui s’efface peu à peu le Bordeaux humaniste de la Renaissance, au profit d’une ville plus religieuse, plus politique aussi lors de la Fronde.
Cap ensuite vers les allées de la Chartreuse, à l’emplacement du cimetière du même nom. Là où s’étendaient jadis les marécages se déploient des jardins, canaux et vignes, ponctués de pavillons à l’italienne. Au coeur de cet ensemble se dresse l’église Saint-Bruno, joyau baroque lui aussi inspiré de l’Italie.
Vous regagnez la ville par la porte d’Albret, à l’emplacement de l’actuel tribunal judiciaire. Encore des couvents ! Celui des Filles de Notre-Dame par exemple, futur temple du Hâ qui sera attribué aux protestants calvinistes en 1803… Mais nous n’en sommes pas encore là !
Nous sommes à la veille de la Révolution. Comme la plupart des voyageurs étrangers, vous arrivez par la Garonne. Le fleuve est encombré de navires marchands, de chaloupes et de cargaisons venus du monde entier. Barriques de vin, cassonade, coton, épices : toute la fortune transite ici, alimentée par le commerce colonial et la traite négrière.
Devant vous, sur deux kilomètres, une façade monumentale borde les quais. Ces élégants immeubles de pierre cachent les anciens remparts médiévaux, afin d’offrir aux visiteurs l’image d’une ville moderne et ouverte sur le monde. Remplaçant les anciennes fortifications, de nouvelles portes ont été pensées comme des arcs de triomphe par les intendants Boucher puis Tourny.
Vous débarquez place Royale, l’actuelle place de la Bourse. Au centre trône la statue de Louis XV, bras tendu vers le port. On se croirait à Versailles !
, murmurez-vous. Empruntant la rue Royale, vous gagnez la place du Parlement, récemment percée par Tourny pour aérer ce quartier dense.
Vous poursuivez par le cours du Chapeau-Rouge, aménagé à l’emplacement des anciens fossés, entre grands hôtels particuliers et façades uniformisées. Flambant neuf, le Grand Théâtre apparaît. Il est déjà considéré comme l’une des plus belles salles d’Europe. Puis viennent les allées de Tourny, larges promenades bordées d’immeubles réguliers.
Vous rendez visite à votre ami Étienne, propriétaire du petit hôtel Labottière. Il vous fait découvrir le Jardin royal, futur Jardin public. Ce n’est pas encore un lieu de promenade familiale mais plutôt le World Trade Center
de l’époque, où négociants des Chartrons et marchands du centre-ville se retrouvent pour conclure leurs affaires.
C’est la toute fin du XIXe siècle. Vous arrivez à Bordeaux à bord d’un bateau à vapeur venant de l’océan. Sur votre droite les Bassins à flot forment un paysage de docks et de chantiers navals. Un peu plus loin, les clochers néogothiques de l’église Saint-Louis des Chartrons dominent un quartier désormais intégré à la ville.
Sur l’autre rive, le décor change. La Bastide reste populaire et industrielle : entrepôts, ateliers, voies ferrées et terrains encore marécageux s’y succèdent. Ici la caserne Niel, plus loin la gare d’Orléans, terminus de la ligne de chemin de fer venue de Paris.
Rive gauche se dressent les entrepôts Lainé, imaginés par Balguerie-Stuttenberg pour stocker les marchandises coloniales. Juste après, au bout d’une vaste esplanade résonne le chantier du monument aux Girondins, en mémoire des députés victimes de la Terreur.
Face à vous, le pont de pierre, voulu par Napoléon pour acheminer ses troupes vers l’Espagne. Le bateau ne passera pas sous ses arches. Vous poursuivez donc en calèche. Depuis le quai, vous distinguez la passerelle Eiffel, la verrière de la gare Saint-Jean alors plus grande gare du monde, jusqu’en 1901 - et le château Descas, maison de négoce pouvant stocker plus de 1,5 million de bouteilles de vin !
Le cocher vous conduit cours Alsace-Lorraine. Cette vaste avenue perce désormais le vieux tissu médiéval.
À l’instar de la capitale, Bordeaux veut des façades alignées, de larges perspectives, des rues assainies où les barricades ne pourront plus s’élever. La rue Sainte-Catherine se modernise, les grands magasins apparaissent, la ville change d’époque.
Arrivé devant la cathédrale Saint-André, surprise : les maisons médiévales qui l’encerclaient au siècle dernier ont disparu pour dégager un vaste parvis. À l’image de Notre-Dame de Paris.
Au début des années 1950, vous enfourchez votre VeloSoleX et partez vers le nord, nez au vent. La masse sombre de la base sous-marine coupe votre élan joyeux. Ce vestige de l’Occupation reste la cicatrice visible d’une ville qui se reconstruit sans oublier la guerre. Changement de cap pour chasser ces souvenirs pesants. Par les boulevards, vous filez jusqu’à la piscine Judaïque, puis au Parc Lescure. Signes éclatants d’une époque tournée vers le divertissement, la santé et l'hygiénisme, ces équipements vous rappellent les Années folles. Ragaillardi, vous poursuivez vers le quartier Saint-Augustin pour contempler ses élégantes façades Art déco. Vous notez qu’elles accueillent quelques garages, signe que la voiture individuelle gagne du terrain. Le solex n’est pas encore sur la réserve, vousfaites un crochet par Caudéran pour admirer la salle de La Pergola avant de traverser le secteur Mexico.
Retour vers le centre. Vous passez devant la Bourse du travail, emblème Art déco bordelais, avant de pétarader en direction du pont de pierre, seul passage disponible pour franchir la Garonne. Au débouché du pont, vous dépassezla caserne de la Benauge et son esthétique fonctionnaliste inspirée par Le Corbusier. Plus loin, vers les coteaux, les premiers bâtiments de la cité Pinçon sont sortis de terre. Derrière leurs murs de béton se lit une urgence : offrir un logement décent à une population bordelaise en plein essor.
Nous sommes au milieu des années 1970. Depuis la rive droite, vous arrivez à Bordeaux au volant de votre Renault 4L. La rocade vient d’ouvrir et vous empruntez le nouveau pont d’Aquitaine. Entre ses pylônes culminant à plus de 100 mètres, vous vous sentez minuscule. Bordeaux change d’échelle.
Plus loin, la fine ligne du Hall des Expositions se dessine tandis que les premiers immeubles du quartier du Lac émergent de terrains encore vagues.
Cap sur le centre-ville ! En longeant les boulevards, vous apercevez les barres de la cité du Grand Parc en construction autour d’un immense espace vert. Quelques minutes après, une immense tour de béton et de verre : flambant neuve, la Cité administrative est l’un des premiers gratte-ciel français.
Et si vous descendiez voir le Marché d’Intérêt National ? Inauguré quelques années plus tôt, il permet de répondre à l’explosion de la consommation. Les berges ne sont pas tout près, mais avec votre 4L, vous êtes le roi ! La ville est pensée pour l’automobile : voies pénétrantes, échangeurs, parkings, circulation rapide… Bordeaux se transforme pour accompagner les flux de la métropole naissante. Jamais fatigué de piloter votre petite cylindrée, vous retournez dans le centre pour découvrir le projet phare de Jacques Chaban-Delmas : le quartier Mériadeck. Son décor de science-fiction vous déstabilise au point que vous vous perdez. Ici, les automobiles circulent en bas, les piétons sur une dalle surélevée. Une idée moderne, presque utopique, mais qui ne vous aide pas pour demander votre chemin.
En juillet 2026, vous recevez votre petite-nièce américaine et décidez de lui faire découvrir la ville. Aucun doute, la visite va commencer par la place de la Bourse. Depuis des siècles, ça fait toujours son petit effet… Depuis l’inscription de Bordeaux, port de la Lune, sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 2007, le miroir d’eau est devenu le symbole du réveil de la belle endormie. Les anciens quais noircis, livrés aux voitures, ont laissé place à une vaste promenade ouverte sur la Garonne.
Vous empruntez des vélos électriques et longez le fleuve jusqu’au pont Chaban-Delmas, qui fut à l’origine de débats nourris sur l’intégration du contemporain à une « ville inscrite ». À ses pieds, tout en courbes et reflets dorés, la Cité du Vin.
Passé le pont, la balade devient plus végétale entre le parc aux Angéliques réaménagé sur les berges et le Jardin botanique. Darwin Écosystème anime l’ancienne caserne Niel : skateboard, agriculture urbaine, café, coworking donnent une seconde vie à ce patrimoine militaire.
Vous pédalez jusqu’au pont Simone-Veil, longeant les nouveaux quartiers qui s’étendent sur d’anciennes friches industrielles. Revenu sur la rive gauche, vous faites halte sous l’arche de la Meca, site des anciens abattoirs. Un petit tour au dernier étage pour admirer le panorama depuis la terrasse du Fonds régional d’art contemporain. Au loin, vous pointez le stade Atlantique, temple du sport dressé sur 644 poteaux d’acier. On y annonce un matchpour ce soir. Voyons s’il reste des places !