Le mag Bordeaux Condition des seniors : l'éclairage de Jean-Jacques Amyot

Photo d'un atelier de danse
Un moment de partage et de participation : les résidents lèvent la main lors d’un atelier animé en Ehpad. © S. Lin / Ville de Bordeaux

Jean-Jacques Amyot est psychosociologue et auteur spécialisé dans le vieillissement, il partage son éclairage sur la nouvelle condition des seniors lors d'un entretien. 
Pour vivre leur retraite, les Bordelais peuvent s’appuyer sur un tissu de services et de structures qui leur sont destinés. Petit tour d'horizon.

Un article extrait du magazine municipal "le mag Bordeaux" n°506 (janvier/mars 2026)

Entretien avec Jean-Jacques Amyot, psychosociologue

Jean-Jacques Amyot

Jean-Jacques Amyot est psychosociologue, auteur d'ouvrages sur le vieillissement et chargé d’enseignement à l’Université de Bordeaux et d'Aix-Marseille. Il a notamment dirigé l’Office aquitain de recherche, d’étude, d’information et de liaison sur les problèmes des personnes âgées (OAREIL) durant 38 ans. Il donne ici son éclairage sur la nouvelle condition des seniors.

Comment a évolué cette génération des nouveaux retraités contemporains ?

Jean-Jacques Amyot : Cette tranche des 60-75 ans connaît des effets de génération assez forts. Qu’il s’agisse de l’image qu’on se fait de la retraite, des parcours de vie amoureuse ou de la famille. Certains sociologues ont montré que jamais dans l’histoire sociale, les grands-parents n’avaient autant gardé les petits-enfants : une vraie aide économique et sociale. Dans une relation affective très forte, ils leur offrent une diversité de pensée loin de l’obligation d’autorité d’auparavant. Plus largement, la question de « l’aidance » est devenue centrale. Cette génération pivot doit aussi parfois aider ses propres parents, dont l’espérance de vie s’est allongée.

L’implication des retraités se traduit sous quelles autres formes ?

J-J. A. : Selon les derniers chiffres disponibles, un tiers des présidents d’associations en France ont entre 60 et 74 ans. Or, le secteur représente 2 millions de salariés. C’est un poids non-négligeable. Un tiers des bénévoles ont plus de 65 ans également, même si le Covid est passé par là et a laissé des traces, tout comme l’âge de départ à la retraite, qui a été repoussé.

Vieillir c'est une chance ! »

Ce qui est aussi marquant, c’est que les seniors n’ont plus nécessairement envie d’aller dans des organisations qui leur sont dédiées. La volonté d’alimenter l’intergénération est bien plus présente.

Ce temps dont on dispose à la retraite, quelle valeur peut-il avoir ?

J-J. A. : C’est ce que j’appelle une « monnaie sociale discrète ». Le temps consacré à ces activités, ce n’est pas le temps calculé du travail. Ce n’est pas comme un objet, c’est quelque chose de plus fort, un sentiment d’utilité sociale qui nous place dans la société. Quand je donne du temps, je devrais plutôt dire que je me donne.

Avec du temps, on peut fabriquer du lien. »

Le terme de « senior » est très employé, trop à vos yeux ? Comment qualifieriez-vous ce nouvel âge du temps qui s’accroît ?

J-J. A. : L’anthropologue Bernadette Puijalon a souligné qu’en 50 ans, on a utilisé plus de termes qu’en cinq siècles pour parler de la vieillesse. Mais on peut dire qu’on est vieux ! Vieillir, c’est une chance. Ce qui est embêtant, c’est l’âgisme, quand on accroche des préjugés en rattachant les personnes uniquement à un âge ou une génération. Pour moi, le meilleur terme qui soit, c’est celui de retraité. Ce qui a changé ma vie, ce n’est pas mon âge, c’est un changement radical de mode de vie. Ce n’est pas juste l’arrêt du travail, c’est ma vie personnelle qui a évolué, mon temps libre, mes activités.

Quels grands dossiers doit-on faire avancer dans les prochaines années ?

J-J. A. : L’autonomie, l’isolement, les besoins et les aspirations en fonction des âges. L’espérance de vie sans incapacité continue de croître. Prenez une photo de quelqu’un qui a 75 ans aujourd’hui, et au même âge il y a 50 ans, on peut voir la différence à l’œil nu. Mais en France en revanche, on a 750 000 personnes en situation de mort sociale selon les Petits frères des pauvres, sans aucune interaction sociale. La question des aidants, du logement et du soin de soi sont aussi essentielles.

Les initiatives de la Ville

Les Échoppes seniors

Ces espaces de convivialité proposent un programme complet de loisirs et d’apprentissages (cuisine, réalité virtuelle, ateliers numériques, bals…), mais également un service de restauration pour renforcer le lien social des plus de 60 ans. 25 échoppes sont ouvertes du lundi au vendredi de 10h30 à 17h30. Les tarifs des services sont établis en fonction des ressources.

Des logements adaptés

Outre leurs 15 résidences autonomie (lire p. 29), la Ville et le Centre communal d’action sociale (CCAS) gèrent trois Ehpad : Maryse Bastié et le Petit Trianon (Grand Parc) et La Clairière de Lussy (Caudéran). Un accompagnement humain et complet pour des personnes en perte d’autonomie.

Le Conseil Bordeaux Seniors Actions (CBSA)

Lancée en 2021, cette instance consultative rassemble 25 citoyens Bordelais, provenant de plusieurs quartiers. Le groupe travaille sur tous les sujets/projets portés par la Ville de Bordeaux et porte ses préconisations auprès des élus. En 2024, 4 projets ont été retenus suite à un appel à manifestation d’intérêt émis par la Ville et dont les objectifs sont définis par la CBSA. Ils étaient portés par Vélocité et Faits de Cœur’s, les Rencontres des cheveux blancs et Entr-autres (lutte contre l’isolement et intergénération). Une action de mentorat auprès d’élèves du lycée Bremontier a également été expérimentée.

Contact

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 bordeauxseniorsactions@mairie-bordeaux.fr

Les Seniors reporters

Créé en 2018, ce groupe de journalistes alimente un blog. Formés par des professionnels, ils jouent un rôle d’ambassadeurs pour Bordeaux et couvrent de nombreux sujets d’actualité. 54 000 personnes lisent leurs articles chaque année. Le recrutement de nouvelles plumes a lieu régulièrement.

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