Reportage Gestion de la crue du 19 février : toute une ville mobilisée

Photo : Deux agents coupent la circulation devant le pont Chaban Delmas durant la crue.
Deux agents de la voirie coupent la circulation devant le pont Chaban Delmas, le 18 février 2026 © T. Sanson - Ville de Bordeaux

L’épisode de crue exceptionnel du 19 février 2026 a provoqué le déclenchement du Plan communal de sauvegarde, une première à Bordeaux depuis 1999. Les services de la Ville, de la Métropole et l’Etat ont mutualisé leurs informations et leurs moyens au cœur d’une cellule de crise afin de limiter au maximum l’impact de la crue de la Garonne sur les personnes et les biens. Récit.

Sans nul doute, l’hiver 2026 devrait rester dans les mémoires des Bordelaises et des Bordelais. 35 jours consécutifs de pluie se sont abattus sur la ville, une première depuis 1959. Fragilisé par l’engorgement des sols, le territoire de la commune a dû affronter un autre phénomène durant la matinée du jeudi 19 février, une crue importante de la Garonne.

Dès le mercredi 18 février, le maire de Bordeaux a pris l’initiative de déclencher son Plan communal de sauvegarde pour faire face à la situation. C’est la première fois depuis les tempêtes mémorables de décembre 1999 qu’un tel dispositif est déclenché par la Ville. Ces moyens exceptionnels se sont associés à ceux de Bordeaux Métropole au sein d’une cellule de crise installée au cœur du Palais Rohan. 24 heures peu ordinaires qui trouvent leur origine dans ce fort coefficient de marée, des conditions dépressionnaires, les vents de la tempête Pedro et et un fleuve au débit gonflé par les crues déjà en cours en amont, du côté du Langonnais et du Marmandais.

Un hiver pluvieux, une veille constante

Ces pluies exceptionnelles ont d’abord saturé les sols. Selon Météo France, 290 mm sont tombés entre janvier et la mi-février 2026, soit plus de 30% des précipitations annuelles moyennes, enregistrées en seulement un mois et demi. La situation s’est notamment dégradée en février avec 116 mm relevés, soit près de deux fois la moyenne ordinaire.

Les bassins de rétention, comme ici celui de la Grenouillère (Grand Parc) permet de réguler l'écoulement des eaux de pluie. © JB Menges - Bordeaux Métropole

La cellule Ugora (l'Unité de gestion opérationnelle des risques et astreintes) de Bordeaux Métropole garde un œil attentif et constant sur la montée du niveau de la Garonne. L’une des nombreuses missions de ce service qui coordonne l’ensemble des interventions nécessaires sur l’espace public, quelle qu’en soit la cause (accident de la circulation, canicule, problèmes d’éclairage…). 

Qu’il s’agisse des routes, des trottoirs, ou de certains équipements, la cellule répond aux signalements 24 heures sur 24 et dépêche des équipes de sécurisation dans les plus brefs délais. Une quarantaine de missions quotidiennes sont déclenchées en moyenne par Ugora en une journée, 250 durant le passage de la tempête Nils.

L’évacuation des eaux, la responsabilité de tous

La Régie de l’Eau de Bordeaux Métropole est également en première ligne dans la gestion des flux d’eau de pluie. Sur la commune de Bordeaux, 18 bassins de rétention assurent leur stockage, soit une capacité de plus de 255 000 mètres cubes, l’équivalent de 8500 camions-citernes installés dans les sous-sols de la ville. Sur toute l’agglomération, 294 bassins font porter cette capacité à 2 millions de mètres cubes. 

L’obstruction des bouches d’égout par des déchets divers est souvent le fruit de la négligence individuelle. »

Le service de la Gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations (Gemapi) de Bordeaux Métropole supervise l’état des digues et des cours d’eau. La gestion des bassins et des clapets de régulation est assurée depuis le centre de télécontrôle RAMSES, géré par la Régie de l'Eau de la Métropole, qui cartographie en temps réel l’état du réseau. 

L’obstruction des bouches par des déchets divers, l’une des difficultés majeures, est souvent le fruit de la négligence individuelle. La prise de conscience de tous est ainsi nécessaire pour limiter les conséquences des inondations des eaux pluviales. Le 10 février, 30 mm de pluie tombent en 12 heures, soit près de la moitié des précipitations habituelles sur tout un mois de février à Bordeaux. Une abondance qui met le réseau à l’épreuve.

Dans le sillage de la tempête Nils, des interventions ont été lancées par Ugora dès les premières semaines de février afin de gérer la chute d’arbres fragilisés par les rafales de vent et l’engorgement des sols. Comme sur l’allée des Pins (Saint-Augustin), où un pin parasol centenaire a basculé sur la route le 12 février.

La pluie continue du début d'année a provoqué des dégâts, comme ici quartier Saint-Augustin. © Ville de Bordeaux

Les 18 et 19 février, cellule de crise

Durant la journée du 18 février, tout s’accélère. Bordeaux est placée par Météo France en vigilance rouge pour des phénomènes de crue et des risques d’inondation le lendemain matin, lors de la marée haute de 7h50. Ugora alerte la Ville du risque à venir. Le coefficient de marée et l’apparition de la tempête Pedro devraient faire monter la Garonne à un niveau exceptionnel. On anticipe d'abord un scénario à 5,14 m (Nivellement Général de la France - NGF) le 18 février, un chiffre porté à 5,27 le lendemain matin  Les quartiers de la Bordeaux Maritime et de la Bastide (quai des Queyries) sont particulièrement exposés. 

Dans cette fourmilière bien organisée, on jauge l’impact potentiel des débordements du fleuve. »

A 10 heures, le Maire déclenche le Plan communal de sauvegarde (PCS) et active le Poste de commandement communal (la cellule de crise) dans les locaux du Palais Rohan à 14h30. Le PCS est un dispositif collectif rodé qui avait fait l’objet d’un exercice au sein des services en avril 2025. Un véritable mode d’emploi pour affronter ces situations soudaines et extrêmes recensant les moyens à mobiliser et les alertes à déclencher. Ses bureaux, prêts à accueillir ses intervenants en toutes circonstances, sont installés dans les locaux de la Police municipale. 

La cellule de crise est restée active durant toute une journée pour prévenir et gérer la crue. © T. Sanson - Ville de Bordeaux

Y sont représentés les services de la Ville, ainsi que ceux de la Métropole. Dans cette fourmilière bien organisée, on jauge l’impact potentiel des débordements du fleuve et on nourrit d’information le Maire, responsable des nombreuses décisions à prendre (fermeture des voies, des parcs et jardins, des centres de loisirs, annulation de certains événements...). 

120 appels durant la nuit, un accueil d’urgence

Par la suite, l’adaptation de la circulation est assurée par les services de la Police municipale et de la Métropole. Leurs agents patrouillent pour barrer les routes susceptibles d'être inondées et échanger avec la population. Des informations sont transmises par SMS (l’inscription sur ce listing est accessible à l’ensemble des habitants). Un numéro d'urgence est ouvert pour accueillir toutes les demandes de la population. 120 appels seront reçus durant la nuit, 170 au total durant l'activation de la cellule de crise.

Le registre des personnes vulnérables et isolées est activé. Un gymnase est ouvert pour accueillir des personnes sans-abri et éviter les mises en danger. Deux espaces sont ouverts préventivement (salle Eboué-Tell à Bacalan et le gymnase Jean Dauguet à la Benauge) pour accueillir les populations qui le souhaiteraient. Des repas sont livrés en double à des personnes âgées, dans le cas où les livraisons s’avèreraient impossibles le lendemain.

Les policiers municipaux sont particulièrement mobilisés durant la nuit. Les effectifs disponibles sont étoffés afin d’assurer des patrouilles dans les quartiers les plus vulnérables. Dans les bureaux de la cellule de crise, l’évolution de la situation est scrutée sur écrans grâce aux informations délivrées par les prévisionnistes et Vigicrues, le service d’informations de l’État. 

Bien qu'impressionnante, la montée des eaux fut finalement plus basse que prévu. © T. Sanson - Ville de Bordeaux

Une issue dans la journée

La crue de la Garonne sera finalement légèrement plus faible que prévu avec 5,04 m NGF de haut enregistré sur la Garonne. Ce qui n’a pas empêché une veille particulière de certains services. 

Outre la mobilité des habitants sécurisée sur le terrain, la qualité de l’eau potable est scrutée par la Régie de L’Eau. Aucune altération n’aura été constatée. La décrue s’amorce. Au sein des rues, les services de la Voirie de Bordeaux Métropole assurent le nettoyage pour que chacun puisse reprendre le cours de ses habitudes. Mais la vigilance restera de mise, comme toute l’année, au sein de la cellule Ugora, la Régie de l’Eau, les services de la Ville et de la Préfecture.

La cellule de crise a permis d'identifier les zones à risques et d'adopter les mesures adéquates. © T. Sanson - Ville de Bordeaux