Le mag Bordeaux Karim Harrouche, le coach du Grand Parc

Karim Harrouche dans la salle du boxing club
Karim Harrouche dans la salle du boxing club qu’il a fondé il y a 10 ans. © Pierre Planchenault

Depuis 10 ans, Karim Harrouche transforme le quartier du Grand Parc avec le Boxing Club Alamele, mêlant sport, dépassement de soi et engagement social pour redonner aux jeunes l’envie de rêver.

Un article extrait du magazine municipal "le mag Bordeaux" n°506

Karim Harrouche aime se sentir utile. À 34 ans, le fondateur du Boxing Club Alamele, au cœur du Grand Parc, traverse le quartier comme on traverse une maison de famille : chacun le salue, l’interpelle, lui sourit. Originaire de Bacalan, fils d’un étancheur et d’une femme de ménage, il n’a pourtant rien d’un notable. « Je suis juste un gars du quartier qui a voulu se rendre utile », dit-il humblement.

Le sport est son fil rouge. Judo à cinq ans, boxe à l’adolescence, puis une pause pour « se concentrer sur le bac ». Après le diplôme, il tente un BTS — « J’ai tenu deux jours », dit-il en riant — avant d’enchaîner les missions d’intérim. C’est finalement sur le ring qu’il retrouve du sens. En 2015, il fonde son club de boxe dans une petite salle du Grand Parc.

Du sport pour tous

Au début, l’ambition est simple : la boxe accessible, notamment pour les femmes, alors quasi absentes des rings. « Je voulais casser l'image virile de ce sport. » Très vite, l’association dépasse ce cadre. Pilates, renforcement, éveil sportif dès trois ans… Le club devient un lieu où l’on vient autant pour transpirer que pour reprendre confiance. « Le but, c’est de lutter contre l’isolement et tout ce qui en découle », explique-t-il.

Mais très vite, Karim perçoit un manque : « Une fois motivés, ces jeunes n’avaient rien derrière ». Dans les quartiers, les gens ne rêvent plus. Il sait pourquoi : lui aussi a connu la violence symbolique. Au collège, lorsqu’il avait émis le souhait d’intégrer le prestigieux lycée Montesquieu, un professeur avait ricané qu’il finirait au mieux « en prison ». « Ça m’a coupé les jambes, mais ça m’a aussi donné une rage tranquille », assure Karim.

Ici, tu n’es jamais tout seul. »

Alexis, membre de l'association

Redonner l’envie de rêver

Le club prend alors une véritable dimension sociale. Ateliers de confiance en soi, présentations de métiers, accompagnement sur l’orientation… « Je ne pensais pas que le sport pouvait avoir une portée sociale aussi impactante ». Karim organise même des visites d’institutions : Sénat, Assemblée nationale, Élysée. Un jour, il surprend une adolescente chuchoter à l’oreille d’une camarade : « Tu te rends compte ? On vient du Grand Parc et on est là, dans un endroit tout doré… ».

Dix ans après sa création, l’association réunit plusieurs centaines d’adhérents. « On sent qu’on a aidé des gens : certains n’avaient aucune ambition, aujourd’hui ils veulent monter leur boîte ou devenir ingénieur. » L’élan dépasse le club : une « brigade solidaire » d’adhérents aide désormais les anciens du quartier. Alexis, 21 ans, membre depuis l’adolescence, résume : « Ici, tu n’es jamais tout seul. L’autre jour, l’un de nous devait déménager : on est tous allé aider, sans réfléchir. »

Karim Harrouche, lui, continue d’imaginer la suite. Les idées ne manquent pas. Mais il aspire aussi à lever un peu le pied. « J’ai envie d’être là pour mes enfants », assure-t-il. Après dix ans à transformer un quartier par le sport, prendre enfin le temps pour les siens aurait, pour lui, des allures de victoire.

Boxing Club Alamele 49 rue Pierre Trébod

bcalamele.com