Le mag Bordeaux La Mano, l'école de cinéma qui démocratise le 7e art à Bordeaux

Les élèves derrière la caméra, reproduisent une scène de cinéma.
Les élèves derrière la caméra, reproduisent une scène de cinéma. © Hermine Costa

En octobre dernier, la première école de cinéma et d’audiovisuel 100 % gratuite et inclusive a ouvert ses portes à Bordeaux. Cette année, 24 élèves issus de milieux modestes se forment au 7e art.

Un article extrait du magazine municipal "le mag Bordeaux" n°506

La Mano, c’est d’abord un hommage: celui d’un fils à sa mère. « Ma mère, c’est Marie-Noëlle, d’où le nom Mano. Elle était enseignante en ZEP et en REP (NDLR : réseaux d’éducation prioritaire) et c’est quelqu’un que j’aime presque plus que tout », raconte Gaël Lemagnen, réalisateur et co-fondateur de la Mano. Derrière l’hommage, il y a surtout la volonté de prolonger l’engagement d’une femme qui s’est toujours mise au service des plus fragiles.

L’aventure débute en 2020 avec les Ateliers Mano : un rendez-vous bimensuel où des jeunes issus de quartiers prioritaires réalisent de petits documentaires. Des passions naissent, des talents se révèlent. « On trouvait ça dommage de voir tous ces jeunes freinés uniquement faute de moyens, se souvient Dorine Lafont, aujourd’hui co-directrice de l’école, alors on s’est dit : pourquoi ne pas créer une école gratuite ? ».

La Mano, c’est une chance inespérée pour moi. »

Joshua, élève de l'école Mano

Commencent alors trois ans de bataille. Le projet enthousiasme, mais dès qu’il s’agit de financement, tout se complique. « On nous disait souvent que ce n’était pas le bon moment », se souvient Dorine. Finalement Région, Ville, Métropole, Fonds social européen, Fondation de France, la Fondation SNCF et d’autres encore se rallient à l’idée. En octobre 2025, La Mano ouvre enfin ses portes à Bordeaux : la première école de cinéma et d’audiovisuel 100 % gratuite et inclusive.

Une école accessible et exigeante

Pour candidater, il suffit d’envoyer un dossier à l’école. La sélection repose sur la motivation, mais aussi sur des critères économiques et sociaux. « Une école privée à 10 000 euros l’année, je n’aurais jamais pu me la payer ; la Mano, c’est une chance inespérée pour moi », confie Joshua, 20 ans, passionné de cinéma depuis l’enfance. En plus de la gratuité, les étudiants bénéficient d’une bourse selon leurs ressources et des outils spécifiques sont mis au service des étudiants dyslexiques.

Les cours sont tous dispensés par des professionnels en activité. Ce matin, les élèves doivent reproduire une scène de cinéma. « C’est hyper formateur mais pas simple du tout », raconte Noam, 20 ans. À leur disposition : Alexa Mini, FX6… « Même les écoles privées n’ont pas toujours un matériel aussi bon », glisse Dorine. Une formation en deux ans qui aborde réalisation, image et montage.

Les jeunes sont formés aux techniques de l'audiovisuel, avec du matériel dernier cri. © Hermine Costa

Un réseau pour réussir

L’insertion professionnelle reste la priorité. « On a croisé un ancien élève d’une école privée qui vendait des téléphones… », déplore Gaël. Leur force : un réseau solide, mais surtout une promotion réduite. « À 24 étudiants, on connaît leurs forces, leurs faiblesses, et on sait où les envoyer », explique la directrice.

Autre atout : la localisation de l’école. Installée entre l’Athénée municipal et la MECA, haut lieu de l’audiovisuel bordelais, La Mano profite d’un écosystème stimulant. Ce jour-là, Justine Triet, réalisatrice du film Anatomie d’une chute, est de passage. « On a évidemment pris un selfie ! », sourit une étudiante. De quoi réseauter pour s’assurer un avenir !

La Mano dispose de financements sécurisés pour deux ans, mais cherche déjà de nouveaux partenaires. Les dons, entièrement défiscalisés, permettront de pérenniser une école pensée pour ouvrir les portes du cinéma à ceux qui n’y auraient jamais eu accès autrement.

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