Rencontres « Le bon choix » : immersion dans la seule pépinière d’entreprises artisanales de Bordeaux
Mis à jour le 21 avril 2026
C’est une pépinière d’entreprises unique à Bordeaux, dédiée aux métiers de l’artisanat d’art. Au cœur du quartier Sainte-Croix, ce lieu propose neuf ateliers où sont accueillis pour 30 mois des artisans qui bénéficient d’un accompagnement sur mesure pour le lancement et le développement de leur activité. Rencontres.
Virginie Mespoulet est céramiste et s’apprête à quitter la pépinière d’entreprises artisanales de Bordeaux Sainte-Croix. Il y a deux ans et demi, elle a intégré les lieux en sortie de formation, après un changement radical d’orientation professionnelle. Alban Dupuy, lui, est scénographe floral et végétal depuis 2020, après avoir été chocolatier pendant dix ans. Il est arrivé dans la pépinière il y a deux mois après plusieurs années à travailler seul. Rencontre croisée.
83
C’est le nombre d’artisans qui sont passés par la pépinière Bordeaux Sainte-Croix depuis sa création.
Entretien croisé
Pourquoi avoir voulu rejoindre la pépinière ?
Virginie Mespoulet :
Quand je suis sortie de formation, il fallait que mon activité démarre tout de suite. Je n’avais plus beaucoup de temps devant moi financièrement, et surtout je ne pouvais pas travailler de chez moi. Donc il fallait trouver un atelier rapidement.
La pépinière, c’était à la fois un lieu accessible, notamment parce qu’on a des ateliers à loyer modéré, mais c’est aussi un cadre pour poser les bases. Et puis il y avait cette idée de ne pas rester seule. Quand on se lance, il y a des moments où ça va très bien, et d’autres où c’est beaucoup plus fragile. Je sentais que j’aurais besoin d’un environnement pour tenir dans la durée.
Ce qu’on vend, ce n’est pas seulement un objet, c’est du temps, du geste, du savoir-faire."
Virginie Mespoulet
Alban Dupuy :
J’étais dans une cave, sans fenêtre, où je travaillais seul depuis quatre ans. À un moment, j’ai eu besoin d’autre chose. D’une ouverture, au sens propre comme au figuré. J’ai découvert la pépinière un peu par hasard. J’ai postulé, puis j’ai douté, surtout à cause du collectif. Je me demandais si ça allait me correspondre. Et en fait, en deux jours, c’était évident : je me suis dit que j’avais bien fait.
30
C’est le nombre de mois que peuvent passer les artisans dans la pépinière avant de céder leur place.
En quoi cette pépinière, axée sur l’artisanat, vous a aidés ?
Virginie Mespoulet :
Dans nos métiers, le temps est central. Ce qu’on vend, ce n’est pas seulement un objet, c’est du temps, du geste, du savoir-faire. La pépinière aide à prendre conscience de ça, à le traduire dans son modèle économique. On a des formations, des outils concrets, pour nous accompagner, nous permettre de vivre de notre travail. Et puis on organise aussi des événements pour ouvrir le lieu au public. Je pense que c'est aussi le rôle d'une pépinière de donner à voir ce que sont les métiers d'art, d'entrer dans les coulisses justement pour comprendre, par exemple, pourquoi dans la grande distribution, on va acheter une tasse à 6 euros, et pourquoi, chez moi, elle est à plus de 30 euros.
Là, j’ai vraiment l’impression que tout s’accélère."
Alban Dupuy
Alban Dupuy :
Quand on est seul, chaque problème devient un obstacle. Ici, souvent, quelqu’un a déjà vécu la situation. Il y a une entraide très concrète. Pour mes prix, par exemple, j’ai demandé aux autres : toi, tu paierais combien ?
Ça m’a permis de me positionner.
Et puis il y a des choses très simples, mais qui changent tout : partager un transport, échanger sur un marché, se donner des contacts. Avant, je faisais tout seul. Là, j’ai vraiment l’impression que tout s’accélère. Ce lieu met en valeur des métiers qui ne le sont pas toujours. On est dans un environnement adapté, avec d’autres artisans, et ça donne du sens à ce qu’on fait.
77
C’est le pourcentage des entreprises passées par la pépinière Bordeaux Sainte-Croix qui sont toujours actives après trois à cinq ans d’exercice.
Maintenant, quel est l’objectif ?
Virginie Mespoulet :
Je vais m’installer à Bègles avec deux anciennes de la pépinière. Le fait d’avoir travaillé ensemble pendant deux ans, ça change tout : on sait qu’on peut cohabiter, qu’on partage des valeurs, une manière de travailler. L’enjeu, c’est de continuer à faire vivre mon activité sans m’épuiser, de trouver un équilibre.
Alban Dupuy :
J’en suis encore au début. Mais l’objectif, c’est de continuer à développer mon activité dans de bonnes conditions. Je n’ai pas envie de grossir à tout prix ou de produire à la chaîne. Ce qui m’importe, c’est de garder du sens dans ce que je fais, de continuer à créer, à expérimenter.
La pépinière, c’est une étape pour structurer tout ça et poursuivre en restant fidèle à ce qui m’a fait changer de voie.
220
C’est le montant mensuel du loyer pour un atelier de 23
La pépinière Bordeaux Sainte-Croix
Créée en 2006 à l’initiative de la Ville de Bordeaux qui en est propriétaire, la pépinière soutient les entreprises d’artisanat d’art en centre-ville grâce à 9 ateliers à coûts maîtrisés et un accompagnement spécialisé. Grâce au partenariat entre la Ville et la Chambre de métiers et de l’artisanat de la Gironde qui la gère par convention, cette structure favorise la diversité économique et la transmission des savoir-faire. Elle vise à maintenir des activités artisanales en cœur de ville, accompagner durablement les jeunes entreprises et préserver la richesse culturelle liée aux métiers d’art.