Reportage L'impro, la science de l'inattendu
Publié le 27 novembre 2025
Dans les salles ou dans les bars, les spectacles d’improvisation ont la cote à Bordeaux, devenue l’un des points névralgiques du genre en France. Les fruits d’une histoire débutée il y près de 30 ans, riches d’une génération actuelle talentueuse et turbulente. Reportage lors de deux soirs de représentation.
Un article extrait du magazine municipal "le mag Bordeaux" n°505
À deux pas de la place de la Victoire, la rue des Augustins abrite l’une des salles de références de l’improvisation bordelaise. Comédien depuis plus de 30 ans, Olivier Dubois a repris le théâtre de l'Improvidence en 2018, en dupliquant un modèle lyonnais. Un succès bâti sur la soif de scène de ses comédiens, jamais rassasiés par ce genre, décliné avec succès au Québec sous la forme de matchs : « L’impro’ a un côté inventif inégalable. On crée une histoire en direct, c’est une chute libre pour un comédien. On n’arrive jamais au bout de ce qu’on peut créer. » Un lâcher prise où le collectif et l’attention doivent primer. Un art
Cette vibration, Olivier Dubois l’a naturellement imprimée à Bordeaux, qui fut, selon certains aficionados, la première scène d’improvisation en France. « Il y a débat », reconnaît Olivier Dubois. À l’Improvidence, les spectacles se succèdent à vitesse
grand V du mercredi au dimanche, avec parfois plusieurs séances par jour multipliant les concepts et les comédiens : seul-en-scène, spectacle basé sur des photographies issues du public, matchs de ligues… Les déclinaisons sont inépuisables, les comédiens inépuisés. Chaque vendredi, un cours gratuit est même proposé aux curieux souhaitant monter à bord.
Un Netflix humain
Ce jeudi d’octobre, c’est un concept « maison » qui est proposé. Olivier Dubois s’est appuyé sur le modèle de Netflix pour imaginer l’idée de quatre synopsis qu’un trio d’improvisateurs approfondit successivement au gré du choix de deux spectateurs.
Ceux-ci sont capables de « zapper » virtuellement dans un canapé placé au premier rang, à un rythme effréné. Un pied de nez au géant du streaming et ses élans casaniers. Une gymnastique de jeu dont le trio va ressortir bien évidemment gagnant, sous les rires, tout en souplesse et réparties.
Au sein du trio, on trouve Maxime Vaché, un stakhanoviste de la scène : « Le mois dernier, j’ai dû jouer environ 25 fois. » Comédien professionnel, Maxime s’est définitivement acoquiné avec l’impro’ après un séjour de plus de 6 ans au Québec. À son retour, il crée une ligue bordelaise, la Low Cost Improvisation, qui rassemble des dizaines de comédiens. Avec un autre comédien, Colin Cigaroff, ils ont même lancé une comédie musicale improvisée, jouée à l’Estrade (Belcier) une fois par mois, Hope, l’autre comédie musicale improvisée.
On doit compter entre 800 et 1 000 comédiens d’improvisation à Bordeaux et une quarantaine de ligues."
La Low Cost Improvisation
Le lundi suivant, direction le bar Carmen, quai de la Monnaie. Un « match » amical y oppose la Low Cost de Maxime à la Licoeur, une autre ligue locale de référence au même titre que la Cigüe, Restons Calmes (20 ans cette année), entre autres. Des « matchs » pas comparables avec les rencontres québécoises, dont le décorum imite es parties incandescentes de hockey sur glace, avec la présence d’un arbitre très attentif au respect de règles strictes.
« On doit compter entre 800 et 1 000 comédiens d’improvisation à Bordeaux et une quarantaine de ligues », souligne la troupe durant l'instant pizzas qui précède l’entrée en scène. Quelques précisions sur le consentement et les limites de chacun précèdent les débats. Deux trois étirements et gargarismes font affluer l’énergie. Pour la maintenir, une cinquantaine de spectateurs vont remplir bruyamment l’arrièresalle du Carmen pour deux heures de show intenses rythmées par un musicien et un Monsieur Loyal pas moins vitaminés. On était décidément bien loin d’un lundi soir canapé.