Culture Protection du patrimoine : un partenariat renforcé entre Ville et pompiers

Deux pompiers couvrent une oeuvre sculptée au musée d'Aquitaine.
Deux sapeur-pompiers couvrent une œuvre du musée d'Aquitaine durant un exercice. © Sdis 33

À la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019, la Préfecture, le Sdis (Service d’incendie et de secours) et la Ville se sont rapprochés pour anticiper plus efficacement les risques dans les établissements culturels bordelais. L’aboutissement de ce partenariat : un plan précis répertoriant et priorisant les œuvres (peintures, livres, archives…) à préserver.

Diffusées en direct dans le monde entier, les images de Notre-Dame de Paris en flammes avaient provoqué un émoi généralisé. Mais une fois l’incendie éteint et l’émotion retombée, les exigences en termes de sécurité incendie dans les lieux patrimoniaux ont été rapidement réhaussées.

À Bordeaux, les nouvelles préconisations du ministère de la Culture à la suite de cet épisode, ont entraîné une collaboration serrée entre le Service d’Incendie et de Secours de la Gironde (le cœur organisationnel des Sapeurs-Pompiers) et la Ville. 

Le but : protéger le mieux possible les œuvres conservées dans les lieux patrimoniaux en cas de sinistre majeur, grâce à la rédaction d’un Plan de sauvegarde. Chaque lieu référencé dispose désormais dans ses locaux d’un document unique, utile à chacun pour favoriser la protection de son patrimoine.

Traquer la rareté

« Après Notre-Dame, il a fallu se mettre en ordre de marche », explique le capitaine Stéphane Caumontat, responsable du nouveau bureau de protection du patrimoine culturel en Gironde, créé durant l’été 2019. « La Gironde est le 2e département français en termes de sites classés ou inscrits au Monuments Historiques, il fallait mettre en relation l’ensemble des partenaires : Préfecture, DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), Sapeurs-Pompiers, collectivités (Ville, Département), ou encore le Bouclier Bleu, une association nationale qui protège les œuvres… »

Des simulations de crise ont eu lieu dans différents lieux culturels de la Ville. © Sdis 33

Ville d’histoire et de patrimoine par excellence, Bordeaux a fait l’objet d’une attention toute particulière. Grâce à la mobilisation des services culturels de la Ville, neuf églises (sur 19) et sept lieux culturels (CAPC, musée des arts décoratifs et du design, musée des Beaux-Arts, musée d’Aquitaine, Muséum, Jardin Botanique et Bibliothèque Mériadeck) ont intégré des plans de sauvegarde cousus mains. 

A été classé tout ce qui présente un intérêt patrimonial important, une rareté."

Quelles œuvres sont vulnérables, quelle est leur valeur, comment les transporter ou les protéger sans manipulation directe ? Autant de questions résolues en amont. De même que les effectifs et le type de véhicules mobilisés selon la gravité du sinistre en cours. Sur le terrain, ce plan va permettre aux sapeurs-pompiers d’avoir un aperçu immédiat des situations. 

Parmi les pièces gardées à l’œil, les toiles, chandeliers, l’orfèvrerie ou encore les espèces animales disparues et naturalisées au Muséum. « A été classé tout ce qui présente un intérêt patrimonial important, une rareté », souligne René Merle, responsable du service Sécurité au sein des structures culturelles. 

28%

C’est la part des incendies qui surviennent actuellement en France, dont l’origine est électrique. 23% sont liés à des travaux, 24% à de la malveillance et 25% à des faits divers (système de chauffage défectueux, feu de cheminée…)

Pour établir des stratégies pertinentes et efficaces, les services de la Ville ont pris l’initiative d’alimenter les plans de sauvegarde en informations précises, fortes de leur connaissance des collections. Un service sécurité mutualisé a également vu jour à la Bibliothèque Mériadeck afin de garder un œil attentif aux structures culturelles. Des visites sur le terrain avec le Sdis ont permis de passer les lieux au peigne fin. Et les agents sont sur place ont été formés aux bonnes pratiques en cas d’urgence. 

Une réponse mieux dimensionnée

La cathédrale Saint-André fait figure de symbole. Avec ses 180 œuvres et ses travaux au long cours, le bâtiment dont la construction a débuté au XIIe siècle peut apparaître comme vulnérable. Des châssis de désenfumage, détecteurs de fumées ont notamment été intégrées récemment suite aux études menées par la Drac.

Les plans de sauvegarde visent notamment à mieux connaître les œuvres pour favoriser leur mise à l'abri. © Sdis 33

Malgré la finesse de ces stratégies de réaction, le risque est toujours là. Il peut être humain, par négligence ou intention criminelle. La hausse du risque lié aux catastrophes naturelles renforce aussi la menace : le feu bien sûr, mais aussi la montée des eaux. 

Pour aller plus loin encore dans la réponse, ce travail collaboratif entre le Sdis et les services culturels de la Ville a abouti à la rédaction d’un guide de bonnes pratiques dans la manipulation des oeuvres en juin 2025, et au déploiement d'une première nationale : le premier plan Orsec patrimoine, à la demande de la Préfecture de la Gironde, signé en mars 2025.