Économie sociale et solidaire Re-plantes : donnez une seconde vie aux plantes
Mis à jour le 24 septembre 2025
Série "En route vers le Forum mondial de l'Économie sociale et solidaire", du 29 au 31 octobre à Bordeaux - (Épisode 2/6).
En novembre 2024, Anne Viossat a créé l'association Replantes avec une idée simple : récupérer les invendus de fleuristes et les bouquets après des événements, pour leur donner une seconde vie et les vendre à petit prix. Un changement professionnel radical.
La voiture d'Anne Viossat est facile à repérer dans l'avenue Emile Counord, entre les Chartrons et Grand Parc : c'est la seule qui déborde d'orchidées et de rosiers. "Pas une grosse collecte, mais pour une reprise c'est pas mal", commente la fondatrice de l'association Replantes.
8
Le nombre de recyclerie végétale présentes en France. Parmi elles, Replantes.
Ce jeudi de septembre, après quelques semaines de pause, la quinquagénaire reprend doucement ses habitudes : faire la tournée des grossistes de fleurs et plantes qui la contactent, ramener leurs invendus, en prendre soin pour laisser une chance à ces végétaux qui, sans elle, auraient fini à la poubelle. Les moins abîmés seront vendus à prix cassé, les autres finiront en bouquets de fleurs séchées.
On appelle ça une recyclerie végétale, calquée sur le modèle de la seconde main plus connu pour les habits et meubles.
"Un besoin de sens"
Replantes est l'une des huit structures du genre en France. Sa naissance, en novembre 2024, correspond à un virage à 180 degrés dans le parcours d'Anne Viossat. “Ça fait des années que je collecte des plantes laissées sur les trottoirs, explique-t-elle. J'étais secrétaire de direction dans un groupe immobilier. Après un licenciement économique, j'ai réfléchi à une reconversion et je me suis dit : "si un revendeur met toutes les semaines des plantes sur son trottoir, vu tous les revendeurs qui existent, ça fait beaucoup de plantes à récupérer". Et voilà, l'idée était lancée."
Le fonctionnement n’est pas pyramidal : toutes les décisions se prennent ensemble avec les bénévoles.
Ce changement de cap correspond aussi à une envie de travailler autrement. "J'avais besoin de sens. Là j'ai réussi à m'inscrire dans l'économie sociale et solidaire avec des valeurs qui me plaisent." Un fonctionnement, déjà, "pas pyramidal : toutes les décisions se prennent ensemble avec les bénévoles." Le partage, ensuite, "surtout financier : le but n'est pas d'enrichir une personne ou des actionnaires mais de pérenniser des emplois et une structure."
Et l'écologie, enfin. "Par le biais des plantes, j'amène des personnes dans les recycleries, chose qu'elles ne feraient pas avec des meubles ou des vêtements. Mais avec les plantes, ça gêne moins et ça me permet de les sensibiliser au gaspillage." Anne Viossat résume : "Le but, c'est d'apporter le bonheur des plantes à tout le monde en les rendant accessibles."
En collectif
Les plantes se vendent entre 2 et une vingtaine d'euros, loin des tarifs habituels. "On a des habitants de Grand Parc qui viennent parce que c'est un quartier où les gens n'ont pas forcément de moyens. Mais aussi ceux des Chartrons qui sont attirés par la démarche écolo et solidaire."
Les vendredis après-midi, le local ouvre ses portes. Des plantes posées à même le trottoir font ralentir les passants, cueillis par le sourire d'Anne Viossat et un "bonjour, est-ce que vous savez qui nous sommes ?" Le "nous" a son importance : ce jour-là, Marie, Anita, Emmanuelle et Anne-Céline, une retraitée, une sans emploi et deux néo-fleuristes, donnent un coup de main, entre confection de bouquets, aménagement, écriture des prix ou juste envie de créer du lien. "J'habite en face, explique Marie. Je viens ici depuis le premier jour, c'est devenu un rendez-vous. On papote, on rigole et en plus ça aide."
En presque une année, j’ai récolté une tonne de végétaux.
Donner l'étincelle pour créer quelque chose ensemble
Sans la dizaine de bénévoles, Anne Viossat ne pourrait pas faire fonctionner Replantes. "En presque une année, j'ai récolté une tonne de végétaux. Dans les recycleries qui marchent bien ça peut aller jusqu'à 140…"
Avant d'espérer en arriver là, Anne Viossat doit trouver un local où s'installer, celui-ci n'étant que temporaire. "Quand j'aurai un endroit fixe et adapté, je pourrai embaucher quelqu'un. J'aimerais que ça soit une personne en situation de handicap. Le premier emploi que je veux créer ça n'est pas le mien : j'ai besoin d'aide d'abord. Moi, je donne juste l'étincelle pour qu'on crée quelque chose ensemble."