Patrimoine Rénovation de la porte de l’hôtel de ville : un chantier pour l’Histoire

Les sculptures de l'ancienne porte carbonisée et de la nouvelle comparées.
L'un des médaillons de la porte, carbonisé, que le chantier de réfection a permis de faire renaître. © Ivan Franchet

Après le dramatique incendie de mars 2023, la Ville a entrepris la réfection à l’identique de la porte emblématique du Palais Rohan. Lancé il y a plusieurs mois, ce chantier patrimonial minutieux arrive à son terme en ce mois de décembre 2025. Pour l’achever avec succès, le savoir-faire de nombreux professionnels a fait son œuvre. Récit.

L’image des flammes s’élevant sur plusieurs mètres et le panache de fumée formé au-dessus de la place Pey Berland avaient marqué les Bordelais. Carbonisée sur sa face extérieure par un incendie volontaire déclenché en marge d’une manifestation le 23 mars 2023, la porte historique de l’hôtel de ville de Bordeaux fut irrémédiablement altérée. 

Près de 20% de sa masse est détruite ce soir-là, 1 à 2 cm d’épaisseur de bois totalement brûlé. Irréparable, la porte ne fut pas pour autant oubliée.

Après l'incendie, de nombreux Bordelais étaient venus observer l'étendu des dégâts infligés. © T. Sanson - Ville de Bordeaux

À la suite d’une consultation populaire menée durant l’automne 2023, près de 14 000 Bordelais se sont exprimés en faveur de la création d’une porte à l’identique, et d’une fabrication scrupuleusement respectueuse de ses détails patrimoniaux.

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Le nombre de mois de travail qui a permis d’aboutir à l’inauguration de la nouvelle porte, reproduction à l’identique de sa prédécesseuse, à la suite du travail scrupuleux des 16 structures mobilisées.

C’est avec ce respect attentif, et dans le souci de transmission de ce patrimoine commun des Bordelais, que le chantier d’une toute nouvelle porte a été entrepris par la Ville. 

Placées sous la direction de l’architecte du patrimoine Delphine Gramaglia (Agence Architecture Patrimoine), les 11 entreprises ont contribué à la renaissance de la porte grâce à un savoir-faire précieux, de la remise en condition de l’entrée de la cour du Palais Rohan, en passant par le choix du bois, jusqu’à la pose définitive de la porte le 12 décembre 2025. 

Etape 1 : Le choix d’un bois noble 

Première séquence, le choix d’une essence de bois, le chêne. Refaite à l’identique, la porte a été naturellement reconstituée dans la même essence. « Ce choix est fréquent dans la menuiserie. Le chêne est un bois noble, qui résiste au temps et vieillit très bien quand il est entretenu », indique Anthony Marcadier, référent technique de l’association Bois de France.

Les grumes de chêne sont certifiées comme étant issues d’une forêt française, située dans les environs de Blois."

Une attention particulière a été portée sur l’origine de ce bois. Labellisées « Bois de France, niveau or », les grumes de chêne utilisées sont certifiées comme étant issues d’une forêt française, située dans les environs de Blois, et transformées localement. 

La scierie Gaudelas (Loir-et-Cher) a prélevé ces pièces, avant de transmettre les sciages à Métiers du bois (MDB), une entreprise de menuiserie basée à Fontaine-le-Comte, près de Poitiers (Vienne).

Le chêne sélectionné est issu d'une forêt située dans les environs de Blois (Loir-et-Cher) © Ivan Franchet

Etape 2 : L’archéologie de l'ancienne porte

Alors que l’ancienne porte avait été acheminée dans les ateliers de MDB avant l’été, l’heure est à son étude complète. Bien que toujours reconnaissables, ses ornements et sculptures avaient déjà été en partie masqués par l’amas de couches de peinture successives appliquées au fil des ans. Le feu se chargeant de complexifier définitivement la tâche des professionnels du patrimoine. 

En revanche, les quincailleries et ferronneries ont bien résisté à l’incendie. Elles seront restaurées.

Nous avons réalisé un relevé exhaustif de tous les éléments de construction, d’assemblage, des éléments sculptés."

Un travail de recherche patrimonial s’est alors enclenché. « Nous avons réalisé un relevé exhaustif de tous les éléments de construction, d’assemblage, des éléments sculptés. Un travail mené notamment sur archives », explique Delphine Gramaglia, le maître d’œuvre du chantier. Des relevés Scan 3D et une étude attentive du fonds photo fut nécessaire, quand l’ancienne porte ne pouvait plus livrer tous ses secrets. 

« Puis nous avons établi le projet de restitution pour sélectionner les meilleures entreprises possibles », précise l’architecte, dont l'agence s'est vue également confier le renforcement des piles du Fort Boyard, en Charente Maritime.

L'étude de l'ancienne porte a été précise et complétée par un travail sur archives. © Ivan Franchet

Etape 3 : l’assemblage et la sculpture

Dans les ateliers de MDB, les pièces sont découpées, aplanies, rabotées afin d’obtenir un résultat parfait. Constitué d’une seule pièce principale, chaque vantail pèse plus de 500 kg. 

Les ornement et figures représentées sur les portes et les scènes décrites sont d’une minutie admirable. Pour les reproduire, les Ateliers de la Chapelle (Maine-et-Loire) ont fait appel à deux de leurs artistes les plus qualifiés, dont Matthieu Testard, Meilleur ouvrier de France en sculpture sur bois en 2011.

Des moulures, cimaises, frises décoratives, personnages (Saint Pierre et Saint-Paul– le Palais Rohan ayant été construit d’abord pour un Archevêque) et les univers décoratifs et floraux ont pu être reproduits."

Des moulures, cimaises, frises décoratives, personnages (Saint-Pierre et Saint-Paul– le Palais Rohan ayant été construit d’abord pour un Archevêque) et les univers décoratifs et floraux ont pu être reproduits. Un travail d’orfèvre. Ces éléments sont désormais observables et ramènent aux plus belles heures de l’ouvrage d’art, visage de ce Palais Rohan construit à partir de 1771.

Le travail de sculpture, ici des frises, a mobilisé la maîtrise d'artistes du bois, dont un Meilleur ouvrier de France. © Ivan Franchet

Etape 4 : « une fierté commune »

Côté Palais Rohan, les Compagnons de Saint-Jacques se sont appliqués à rénover plusieurs mètres cube de pierres d’encastrement, abîmées par la combustion, durant de nombreux mois de chantier. Des colonnes en pierre de taille ont aussi été entamées, voire décolorées. Elles ont pu bénéficier d’une rénovation attentive.

Réunis en octobre dans les ateliers de MDB durant une visite de chantier, de nombreux acteurs de cette réfection ont dit leur « fierté commune » de participer à la renaissance de ce morceau d’Histoire."

Réunis en octobre dans les ateliers de MDB durant une visite de chantier, de nombreux acteurs de cette réfection ont dit leur « fierté commune » de participer à la renaissance de ce morceau d’Histoire. 

Un morceau de bois auquel le savoir-faire de professionnels et la volonté commune de préservation de sa mémoire ont permis de redonner un éclat unique, destiné à traverser les décennies

Dans les ateliers de l'entreprise MDB, des menuisiers s'affairent. De nombreux métiers d'art sont intervenus sur la porte. © Ivan Franchet

Etape 5 : le moment d’une redécouverte

Le 12 décembre 2025, les Bordelais pourront découvrir leur porte reproduite à l’identique. À ceci près que le coloris bleu, le plus récemment observable, n’est plus visible. Pourquoi ? 

Sur préconisation de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), qui délivre les autorisations de travaux sur les monuments historiques, et de l’architecte du patrimoine, la porte va retrouver son apparence originelle, plus proche de la teinte naturelle du bois. Ce choix permettra de mettre en valeur mieux encore les œuvres sculptées. Une véritable redécouverte.

Le chantier de la porte : le travail de dizaines de professionnels au service de la protection du patrimoine. © Ivan Franchet