Économie sociale et solidaire "Sans humain, pas d'activité !" : chez Princ'ESS, une beauté solidaire

Photo de deux femmes discutant
Yaroslava (à gauche) et Sophie Bonnet, directrice de l'Autre institut (à droite) discutent entre deux séances de soin. © M. Rieu / Ville de Bordeaux

Série "En route vers le Forum mondial de l'Économie sociale et solidaire", du 29 au 31 octobre à Bordeaux - (Épisode 3/6).

Dans le quartier du Grand Parc, "L'autre institut" de l'association Princ'ESS est un salon de beauté unique en France : ici, la solidarité prime, avec des salariées en insertion professionnelle, des prix accessibles et un focus sur la socio-esthétique.

Série "En route vers le Gsef 2025"

Le Forum mondial de l'Économie sociale et solidaire (Gsef) à Bordeaux

Avant la tenue de cet événement, découvrez six acteurs bordelais de l'ESS dont l’activité peut inspirer les consommateurs comme les professionnels. Rendez-vous chaque semaine.

GSEF, ESS
Le Gsef se tiendra pour la première fois à Bordeaux, du 29 au 31 octobre 2025. © TS - Ville de Bordeaux

Le 8 mars 2022, Yaroslava a fui la guerre et l'Ukraine pour la France, avec son conjoint et ses enfants alors âgés de 9 et 12 ans. "Tout était nouveau, la mentalité, les gens, la langue. Ça n'était pas évident", confie-t-elle en anglais, langue dans laquelle elle se sent plus à l'aise. "Le français, c'est vraiment pas facile, soupire-t-elle, mais je progresse !"

Après deux ans sans activité professionnelle et sur une idée de son conseiller France Travail, Yaroslava frappe, fin 2024, à la porte de L'autre institut, un salon de beauté solidaire situé à Grand Parc.

Sophie Bonnet montre des gestes concrets à Yaroslava © M. Rieu / Ville de Bordeaux

En France, on doit savoir tout faire et il faut absolument un diplôme. 

"En Ukraine, j'étais esthéticienne. Mais je ne m'occupais que du visage. C'est une autre approche : en France, on doit savoir tout faire et il faut absolument un diplôme. Mais pour passer le CAP, il faut parler français…" Impossible, donc, pour Yaroslava d'exercer, alors qu'elle a en tête une idée précise : ouvrir son propre salon, axé sur le soin du visage mais avec une prise en charge globale du bien être des personnes.

Des valeurs communes

"Quand Yaroslava m'a parlé de son idée, je me suis dit qu'il fallait trouver une façon de l'aider parce que son projet correspond à nos valeurs", raconte Sophie Bonnet, la directrice de l'Autre institut. La main tendue se concrétise par la signature d'un contrat d'insertion en janvier 2025, avec une inscription en CAP à distance que Yaroslava intégrera d'ici la fin de l'année.

Yaroslava et Sophie Bonnet font le point sur la journée : le dialogue est ici primordial. © M. Rieu / Ville de Bordeaux

"On l'aidera pour le français. C'est pas commun, en esthétique, d'avoir des étudiants étrangers. On est le seul institut de beauté en France à avoir une démarche d'insertion avec un objectif : que ces salariées sortent de la précarité avec des savoir-faire concrets." 
 

Reprendre confiance

Porté par l'association Princ'ESS, créée en 2017 par Annabelle Tallet, L'autre institut développe une approche solidaire de l'esthétisme. Ici, les soins faits au salon financent l'insertion, donc, mais aussi le social : un institut mobile va à la rencontre de personnes en situation de vulnérabilité pour faire de « la levée de freins psychiques et émotionnels. On peut organiser un atelier "fabriquer un masque maison" par exemple  », explique Sophie Bonnet.

Le “beauty truck”, ou “camion beauté”, va à la rencontre de publics vulnérables © M. Rieu / Ville de Bordeaux

« Et la personne se dit : "si je suis capable de faire ça, pourquoi pas tenter d'autres choses". On démocratise le fait de prendre soin de soi. Il faut arrêter de croire que l'esthétique est futile : se valoriser, se sentir bien dans son corps, ça crée des mécanismes positifs qui consolident la confiance en soi », indique la directrice de l'institut.

Je ne savais pas ce qu'était l'économie sociale et solidaire ! Mais l'état d'esprit, je l'avais déjà.

Sophie Bonnet est arrivée à la tête de l'institut en 2020, après un parcours entre parfumerie, gestion d'un salon dédié aux mariées et maquillage professionnel.
"Ici, il y a la transmission, la gestion et la socio-esthétique, c'est-à-dire tout ce que j'ai pu faire dans ma vie. C'était une évidence même si quand j'ai débarqué ici, je ne savais pas ce qu'était l'économie sociale et solidaire ! Mais l'état d'esprit, je l'avais déjà."

Les soins proposés sont les mêmes que dans n'importe quel institut. © M. Rieu / Ville de Bordeaux

L'humain avant tout

Même si elle évoque les difficultés financières et l'immense énergie qu'il faut consacrer au projet, Sophie Bonnet insiste sur le reste. "C'est une manière valorisante d'appréhender le monde professionnel. En fait, soit on met en avant l'impact humain, soit l'activité économique. Mais sans humain, il n'y a pas d'activité ! Ici on s'adapte, on cherche des compromis, on fait en sorte de créer un cocon pour nos employées. Nos clientes le savent : beaucoup sont en situation de détresse et savent qu'elles vont trouver ici de la bienveillance. Et quand certaines râlent parce que les soins prennent plus de temps qu'ailleurs, on leur explique qu'il faut être compréhensive. Et tant pis si elles ne reviennent pas…"