Reportage Une partition de Saint-Saëns au Conservatoire : une découverte historique
Mis à jour le 30 septembre 2026
La bibliothèque du Conservatoire de Bordeaux a fait une découverte étonnante dans ses archives : une partition manuscrite non signée, écrite de la main du compositeur Camille Saint-Saëns (1835-1921), l'un des plus grands musiciens français du XIXe et du début du XXe siècle. La pièce, L'Ouverture de Spartacus, a toute une histoire à raconter, liée à Bordeaux et à son histoire musicale.
Elle dormait là depuis de nombreuses années, au milieu d'une multitude de reproductions de grands compositeurs, dans les archives du Conservatoire de Bordeaux. Une partition manuscrite écrite de la main du célèbre compositeur romantique Camille Saint-Saëns (1835-1921), auteur entre autres chefs d'œuvre Carnaval des animaux (1886), a été retrouvée par les équipes de la bibliothèque du conservatoire, puis authentifiée par la Bibliothèque nationale de France (BnF).
Cette œuvre de 1863, L'Ouverture de Spartacus, avait reçu à Bordeaux le prix de la Société Sainte-Cécile, une école de musique à but social disparue en 1938, ancêtre du conservatoire, qui en a récupéré des archives, mais qui s'est aussi muée en l'Orchestre national Bordeaux Aquitaine. Les raisons de l'absence de signature ? A cette époque, les compositions déposées dans le cadre de concours musicaux devaient être anonymisées afin de s'assurer de l'impartialité des juges.
Le fruit du hasard ?
Tout débute en juin 2025. À la demande d'un organiste et musicologue bordelais, Jean-Emmanuel Filet, curieux du parcours de Saint-Saëns, une partition est extraite des étagères de la bibliothèque, L'Ouverture de Spartacus, pièce mal connue car précoce dans la carrière du pianiste virtuose. Le trait de plume et des collages de portées attirent l'attention du musicien. Il ne s'agit pas ici d'une simple reproduction.
"On s'est rendu compte que sur le conducteur (qui comporte l'ensemble des partitions des instruments, et destiné au chef d'orchestre), l'écriture avait l'air manuscrite puisqu'il y avait des tâches d'encre et des corrections", raconte Marion Moulin Voisin, responsable de la bibliothèque du conservatoire.
Comme pour un manuscrit littéraire, on va guetter les tics. Il y a des façons de former les croches, les pauses, les soupirs qui sont propres à une main."
Le conservatoire se rapproche alors de Clotilde Angleys, conservatrice des bibliothèques de Bordeaux, passée par la BnF. Puis Marie-Gabrielle Soret, conservatrice à la BnF à Paris, docteur en musicologie et éminente spécialiste de Saint-Saëns, est contactée à son tour. "Elle a tout de suite répondu à l'appel, elle qui connaît très bien l'écriture de Saint-Saëns, ainsi que celle de sa mère (habituée à recopier les partitions de son fils). Elle a notamment beaucoup étudié sa correspondance", souligne Clotilde Angleys.
Un travail de graphologie
Un vrai travail de comparaison avec des œuvres déjà authentifiées commence. "Comme pour un manuscrit littéraire, on va guetter les tics. Il y a des façons de former les croches, les pauses, les soupirs qui sont propres à une main et qui peuvent permettre d'identifier les auteurs", indique Clotilde Angleys.
Est-ce la copie ou le véritable original ? On ne peut pas être certain."
Un jumeau de la partition bordelaise, offert en son temps par Saint-Saëns à son ami Gabriel Fauré, permet de comparer avec minutie les deux exemplaires. Les conclusions sont alors certaines. L'exemplaire du conservatoire reste néanmoins unique puisque la couverture porte le nom de la Société Sainte-Cécile. "Est-ce la copie ou le véritable original ? On ne peut pas être certain", indique Maxime Leschiera, le directeur du conservatoire. Une part de mystère demeure.
La jeunesse de Saint-Saëns
Tout frais compositeur, avide de reconnaissance internationale, Saint-Saëns a 28 ans quand il écrit Spartacus. C'est cet élan qui le pousse à candidater à de multiples concours, tel celui de la Société Sainte-Cécile qu'il remporte à deux reprises : en 1856 avec Urbs Roma et en 1863 avec L'Ouverture de Spartacus. Trombones, flûtes, trompettes, cors, bassons, clarinettes, hautbois... La complexité de la composition semble tenir la promesse du titre, un péplum avant l'heure. En revanche, Saint-Saëns se cassera les dents deux fois sur le prestigieux Prix de Rome.
Cet échec ne l'empêchera pas cependant de devenir une référence de la musique française du XIXe siècle. Ces deux décennies (1850 et 1860) étaient néanmoins mal renseignées dans la biographie du compositeur originaire de Dieppe. La découverte bordelaise lève un peu de ce voile historique. Un trésor qui en appelle peut-être d'autres, cachés sur les étagères des archives de la bibliothèque du conservatoire.
Le 13 janvier 2027, l'Orchestre symphonique du conservatoire donnera à écouter ce morceau désormais célèbre dans l'histoire musicale de Bordeaux. Rendez-vous à l'Auditorium. L'ouverture de la billetterie est programmée pour le 30 décembre.