Commémoration du 77e anniversaire de la Rafle du 10 janvier 1944

Le 10 janvier 1944, 364 juifs dont plus de 50 enfants de Bordeaux et alentour furent raflés et enfermés dans la Grande Synagogue de Bordeaux transformée en prison pendant une semaine.
Pierre Hurmic, s'est exprimé lors d'une cérémonie de la commémoration du 77e anniversaire de cet événement, le 10 janvier dernier, à la Grande Synagogue de Bordeaux.
Commémoration du 77e anniversaire de la Rafle du 10 janvier 1944
Le discours de Pierre Hurmic lors de cette cérémonie

"Monsieur le Président du Consistoire israélite de la Gironde, Erick Aouizerate,  
Monsieur le Rabbin de Bordeaux, Moïse Taieb,  
Madame la Préfète de la Région Aquitaine, Fabienne Buccio,  
Monsieur le Président du Conseil Régional de la Nouvelle-Aquitaine, A.Rousset.
Monsieur le Président du Conseil Départemental de la Gironde, Jean-Luc Gleyze,   
Mesdames et Messieurs,   

Cela fait une vingtaine d'années que j'assiste à cette Commémoration de la Rafle du 10 janvier 1944, habituellement au milieu de ses participants fidèles.
J'y suis, cette année, pour la première en qualité de Maire de Bordeaux.
Cela me donne l'occasion de réaffirmer solennellement mon attachement au devoir de mémoire, ma conviction profonde que le passé doit conseiller l'avenir.

En cette matinée où nous célébrons le 77ème anniversaire de cette grande rafle il nous faut d'abord rappeler l'horreur des faits, nous rappeler comment en ce jour du 11 janvier 1944, le destin bascula pour celles et ceux qui, arrêtés, partis pour Drancy et les camps, ne devaient jamais revenir.  
Ce jour-là, près de 364 juifs dont plus de 50 enfants de Bordeaux et de sa région furent raflés et enfermés dans la Grande Synagogue de Bordeaux qui fut pendant une semaine transformée en prison.  
Il s'agit pour nous tous ici de rendre hommage à la mémoire de ceux qui ne revinrent jamais des camps de la mort.  
Vouloir se souvenir est une démarche exigeante.  

Il est de notre devoir de rappeler ce que fut l'une des plus effroyables et honteuses pages de notre histoire : la déportation fut l'outil de la haine de l'autre, avec la collaboration du gouvernement de Vichy et de l'Etat français, elle fut une implacable machine à déshumaniser, à tuer hommes, femmes et enfants au service d'une funeste idéologie.  
Déportation, camps de concentration, génocide témoignent du mal et de la barbarie absolue, dont l'homme peut, hélas, se révéler capable.  
Cultiver notre mémoire collective, le souvenir de ces heures sombres de l'Histoire, est une dette.   
Négationnisme, antisémitisme, racisme, xénophobie, sont en effet toujours présents dans notre société.   
Leur recrudescence marque périodiquement l'actualité.
Et trop longue serait l'énumération de ces évènements tragiques qui bafouent les fondements les plus sacrés de notre République.  
Il importe de les réaffirmer, sans cesse, sans crainte ni réserve d'aucune sorte, sous peine de renoncer à ce que nous sommes.   
Ces principes ne sont pas ceux d'une communauté ou d'un camp particulier, mais précisément le socle sur lequel se fonde la coexistence de tous.   

Nous savons que tout langage d'exclusion, tout discours xénophobe, tout comportement raciste, tout discours antisémite, ne sont ni anodins, ni innocents : ils précèdent souvent les actes les plus barbares.  
L'esprit polémique, outrancièrement polémique, trop souvent haineux, entretenu, amplifié, par les réseaux sociaux, et dans lequel trop de nos contemporains se complaisent, n'épargne pas la diffusion des pires pensées nauséabondes.
Même un évènement comme l'élection de Miss France peut ainsi donner lieu à la propagation de propos antisémites les plus abjects.
Cette innovation inquiétante ne doit pas être banalisée tant elle traduit que la haine s'immisce insidieusement dans notre quotidien, dans le commentaire d'évènements qu'on croyait anodins.
Et cette banalisation de la haine, de la haine antisémite en l'occurrence, doit être combattue avec la virulence, l'intransigeance, qu'elle mérite.

Ne devenons jamais ces « âmes habituées » que Charles Péguy jugeait, pires que les « âmes perverses ».
Le pire poison serait la résignation dans laquelle notre société pourrait glisser et qui pourrait dégénérer en reddition, celle d'une mièvre conspiration du silence.
Et parce que le présent n'est finalement que de l'Histoire en préparation, ne prenons pas le risque du jugement sévère de ceux qui nous succèderont.
  
Je vous remercie."
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